Le cas Jekyll ou le cas Hyde ? Car c'est bien de Dr Jekyll et de Mr Hyde que vient nous parler Denis Podalydès au Théâtre de Chaillot. Dès le départ, on écoute, attentif, déjà concentré sur le jeu du comédien et la portée des mots : "Ecoute-moi bien, Utterson. Je sollicite ton attention. Il faut bien dans cette histoire que je m'adresse à quelqu'un..." Et ce quelqu'un devient immédiatement "nous" spectateurs happés par ce monologue à deux voix qui nous plonge dans un XIXème aux accents contemporains. Car ne sommes-nous pas tous un peu ce Jekyll et ce Hyde, en tension perpétuelle entre le bien et le mal ? Ne sommes-nous pas pris régulièrement dans les filets de nos propres démons ? Savons-nous d'ailleurs faire le tri ? Ne nous complaisons-nous pas à flirter avec des pulsions qui nous dépassent, nous effraient et reflètent notre difficulté à les juguler, ou plus simplement notre personnalité. Comme le dit si bien Denis Podalydès : " Jekyll, si je résume, si je m'efforce à la généralité, si, partant de mon expérience personnelle, j'universalise, c'est l'être humain dans toute sa complexité...Pour que la démonstration prenne lentement forme devant vous, il est nécessaire que vous compreniez que Jekyll n'est pas l'incarnation du bien mais l'incarnation de l'hétérogène". D'entrée, tout est dit car c'est bien sur cette étonnante complexité de l'homme en général que nous abordons la personnalité de Jekyll qui se confond avec celle de Hyde. Denis Podalydès est habité par ce rôle polymorphe dont il maîtrise parfaitement les contours. Au fil de ses confidences nous sentons la gangraine Jekyllienne nous gagner et nous envahir, et nous nous enfonçons dans la nuit Londonnienne avec un frémissement à l'âme, comme hypnotisée par le lent travail de la métamorphose. C'est un vrai bonheur de l'entendre nous raconter son désordre intérieur, de le voir passer du français à l'anglais pour s'interroger, parler, comme seul recours, comme seul secours pour garder conscience : "Je parle parce que la parole est ce qui me reste. Je parle tant que peut durer encore ma parole." Le sais-tu Jekyll ? Le sais-tu, le sais-tu Hyde ? Et toi Denis, le sais-tu? Continue de parler, car ta parole est faite pour durer. Le cas Jekyll jusqu'au 23 janvier au Théatre National de Chaillot.
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