Dès la première salle, il s'est imposé à moi. Il, l'homme. Il, le tableau. Devant cette toile j'ai toute de suite pressenti que tout ce que je pourrais voir ensuite de beau dans les salles suivantes ne parviendrait, a priori pas, à égaler ce très bel auto-portrait de jeunesse (1895) aux teintes bleutées. Je l'ai regardé comme magnétisée, silencieuse et heureuse de sentir la lumière entrer par la fenêtre devant laquelle se tient Kees Van Dongen. Derrière lui, les verticales disent les mâts de sa ville natale Rotterdam mais c'est bien plus qu'un simple auto-portrait et qu'une ville esquissée que je vois. C'est une forme imposante et lumineuse. Réussir à 18 ans à transmettre une telle puissance tranquille à un auto-portrait signe une entrée fracassante dans le monde artistique. Sa palette n'est pas encore totalement libérée, explosive mais on sent sourdre une force rebelle, une liberté de ton dont il n'allait jamais se départir durant toute sa carrière d'artiste. Car des grands écarts il a su en faire à merveille entre sa vie de bohême et celle de mondain, une vie qu'à plus de 84 ans il aurait aimé revivre s'il devait la recommencer, surtout la première partie, celle difficile durant laquelle il a appris à vivre : " Je recommencerais volontiers mais peut-être encore en plus difficile. J'ai aimé la lutte, la lutte pour quelque chose, pour un idéal". Cela se voit, cela se sent dans ses toiles d'avant la période dite "cocktail". Je les trouve plus éclatantes, plus libérées, proches de l'expressionnisme allemand, ce courant de peinture que j'aime tant. Kees Van Dongen est un Grand Monsieur, mort en 1968 comme pour renouer avec sa fibre anarchiste de ses années d'avant-guerre. En héritage, il nous laisse une oeuvre magnifique et un esprit ouvert sur un futur en marche. Interviewé par Christian Megret, il nous enseigne qu'il est bon de regarder vers l'avenir : " Les souvenirs ne servent à rien. La reconstitution ( d'une époque) ce n'est jamais bon, ce n'est pas la vérité. Il faut aller de l'avant". Quelle formidable énergie !
Van Dongen Fauve, anarchiste et mondain, jusqu'au 17 juillet 2011
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