C'est un livre offert à la douleur, offert à l'Amour, offert à la vie. Un livre testamentaire d'une grande profondeur. Un livre qui se gagne ou plutôt par lequel on est gagné, que l'on reprend pour se laisser porter par cette rage de brûler et d'espérer, par cette brutalité et sensualité propres à nous faire frémir, à nous entraîner dans notre propre folie, de notre propre naufrage. Ce livre se lit comme une quête. On y entre, on se laisse assaillir par les tourments intérieurs, on se laisse balloter, submerger par les flots qui montent, par l'amour qui jaillit. Ce livre, c'est la naissance d'une délivrance, un roman cathartique intense porté par la plume d'Henri Bauchau qui nous offre une éblouissante métaphore de la vie. Pour vous, j'ai extrait cette phrase qui parle de l'oeuvre peinte, de l'arche qui concentre toute l'énergie créatrice de Florian qui entraîne avec lui Florence et Simon : " Dans l'arche il faut voguer ou se noyer. C'est le piège où Florian nous a précipités tous les deux et dont nous devons sortir ensemble avec lui. Car l'oeuvre est violente, et nous devons parvenir à prendre confiance en nous coûte que coûte". Oui de la confiance à trouver pour vivre. Cette "oeuvre - collective - que l'on ne peut pas finir parce qu'elle va vers la vie" prend d'autant plus son sens quand on connaît l'âge d'Henri Bauchau. D'une formidable lucidité, ce grand Monsieur a la ferveur et l'immense talent de nous transmettre ce qui le meut, l'interroge, le broie sans jamais complètement le noyer. Son arche connaît la montée des eaux, et lui la beauté des mots, et des pinceaux qui sauvent, transcendent et relient.

C'est un vide qui m'a envahi ce week-end, un vide étrange qui a suivi la fin de la lecture d'American Darling de Russel Banks.
"Si je marche",