Ils sont splendides. Dès leur arrivée sur scène ils le sont. Ils arrivent à pas comptés, décomptés car ils sont vieux, très vieux. On les sent usés, fragiles ou plutôt fragilisés par le poids des années, par le vide qui s'installe en eux, comme dépossédés, dépouillés de leur propre vie qu'ils s'attachent à faire revivre. Car il sont au bord de la vie, au bord de la mort. Où sont-ils, que font-ils, perdus, noyés dans ces flaques d'eau qui leur renvoient le reflet de leur âme et éclaboussent leurs échanges d'humour et de dérision. D'ailleurs, peut-il en être autrement ? Seuls, mais en couple, ils ont la force tragique de ceux qui osent encore dire, exprimer ce qu'ils sont alors que s'opère la lente dégradation des corps. Leurs pas sont incertains, leurs gestes malhabiles mais ils sont habités par la plus belle des poésies, celle qui nous nous brûle et nous rend plus vivant. Des vieillards et des enfants égarés dans leurs pensées délirantes, touchantes. La mort est devant eux, et même au-dessus d'eux. Il suffit qu'ils lèvent la tête : la corde se balance et ils s'en balancent. Ils se balancent...errent dans leur tête comme dans ce crépuscule de vie. Luc Bondy a mis en scène Les Chaises avec une profondeur rare. Micha Lescot et Dominique Reymond nous offrent, quant à eux, leur talent et leur humanité, et nous renvoient à notre propre finitude. Leurs "Mon chou" et " Ma crotte" sont si tendrement prononcés que l'on ne se lasse pas des les entendre. Mon chou est très doué, il aurait pu être Président chef, Roi chef, Docteur chef. Luc Bondy est quant à lui un vrai Maréchal chef ! Tourne, tourne mon petit chou !! Les chaises d'Eugène Ionesco / Théâtre des Amandiers de Nanterre . Jusqu'au 23 octobre 2010